Alors que les sociologues interprètent le plus souvent les feux de véhicules comme l'expression d'une «rage sociale», une étude menée en Seine-Maritime évoque plutôt le côté ludique de ces incendies pour leurs auteurs.
Depuis 1994 la direction de la sécurité publique de Seine-Maritime interroge les auteurs d'incendies de véhicules pour connaître leurs motivations. En 2008, sur les 41 affaires résolues et les 78 auteurs interpellés, «l'étude établit qu'il n'y a pas de vraies violences urbaines au sens propre du terme», détaille Didier Perroudon. «Environ 40% des incendies sont le fait d'individus dés½uvrés qui le font par jeu. Nous avons aujourd'hui une génération de jeunes gens qui brûlent des véhicules comme autrefois on tirait la sonnette du voisin avant de décamper».
Pas de vraies violences urbaines
«L'incendie comme bannière d'un acte politique est très rare: il n'y en a eu qu'un en 2007 lors de l'élection de Nicolas Sarkozy». Ces «jeux» expliquent que les incendies ont lieu dans tous les quartiers, sans forcément ne toucher que les cités dites «sensibles». Viennent ensuite les destructions liées à des vengeances personnelles (le videur d'une boîte de nuit qui n'a pas laissé entrer un jeune, le gardien d'immeuble qui a fait une remontrance, le concubin éconduit...). «Ce sont souvent des actes commis sous l'influence de l'alcool». Pour 20%, et ce chiffre est en baisse depuis trois ans, viennent ensuite les feux destinés à effacer des empreintes après un vol à la roulotte ou un vol de véhicule. Enfin une part notable des destructions sont des escroqueries à l'assurance (près du quart).
«Ces incendies sont très injustes: il s'agit souvent de gens modestes qui en sont les victimes et la perte de leur véhicule, souvent mal indemnisé, est un vrai coup dur».
«L'expression d'une rage sociale»
Pour les sociologues, ces jeux dangereux, notamment depuis les émeutes de 2005, sont «l'expression d'une rage sociale», détaille Michel
Wieviorka qui dirige le Centre d'analyse et d'intervention sociologiques du CNRS. Pour le sociologue Sébastien Roché, «le nombre de voitures brûlées est un bon indicateur de la violence urbaine en période de crise, comme lors des événements à Villiers-le-Bel, mais pas en fin d'année. Il est quasiment impossible de distinguer, le soir du 31, ce qui relève vraiment de l'émeute».
En Seine-Maritime hier, lors de la soirée du réveillon, «il n'y a pas eu d'affrontements avec les forces de l'ordre. La nuit a été très très calme», détaillait la préfecture qui évoquait néanmoins une hausse d'environ 10% des incendies par rapport à la Saint-Sylvestre 2007-2008.
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Surtout à Rouen et au Havre
Avec 34 véhicules incendiés en Seine-Maritime (dont trois par propagation), selon un bilan non consolidé de la préfecture, et trois seulement dans l'Eure (deux à la Madeleine d'Evreux et une aux Valmeux à Vernon), la nuit a été qualifiée de « calme ».
En Seine-Maritime, une grosse moitié des feux a été constatée dans l'agglomération de Rouen, notamment sur les Hauts de Rouen, et les autres au Havre. En zone de gendarmerie, seul un conteneur à poubelles a été incendié. Les chiffres, par rapport à 2007, sont en augmentation de 10 %, suivant en cela la tendance nationale. Par ailleurs au moins trois personnes ont été interpellés pour des faits liés à des incendies de voiture et de poubelles.
« Lors d'un week-end traditionnel, ce sont de 7 à 12 véhicules qui sont incendiés », explique Jean-Christophe Bouvier.
L'augmentation le soir de la Saint-Sylvestre est elle aussi traditionnelle mais en revanche, expliquer la hausse de 10 % par rapport à 2007 relève d'une gageure. « Dans ces incendies, dans leur nombre, il y a une certaine part d'aléatoire mais la soirée a été, de l'avis de tous, plutôt très calme ».