AP | 15.01.2010 | 19:33
Des rescapés du séisme de mardi à Port-au-Prince, au nombre de 148, ont atterri vendredi matin à l'aéroport d'Orly, au sud de Paris. Certains vêtus de tee-shirts, enveloppés dans de frêles couvertures, avec ou sans bagages, ils ont été accueillis sur le tarmac par la Croix-Rouge française et par le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner.
Les rapatriés sont arrivés à bord de deux vols commerciaux d'Air France. Dans un communiqué, la compagnie a indiqué avoir mis en place "un tarif spécial 'rapatriement'" au départ de Pointe-à-Pitre (Guadeloupe) et de Fort-de-France (Martinique) à destination de la métropole "à 299 euros aller simple". Elle s'est également dite "prête à répondre à toute demande des autorités pour l'organisation de vols spéciaux".
Contacté par l'Associated Press, le ministère des Affaires étrangères n'a donné aucune information sur un éventuel coût pour les personnes souhaitant regagner la France depuis Haïti. "A notre connaissance, les gens qui sont rentrés aujourd'hui n'ont pas payé leur billet", affirmait-on au Quai d'Orsay. "Cette question n'est pas l'urgence pour le moment".
Selon Air France, ce "tarif spécial" est valable jusqu'au 31 janvier, mais peut être prolongé si besoin. L'offre est réservée aux résidents de Haïti, dans la limite de 1.800 passagers quotidiens. La compagnie ne pouvait en revanche pas expliquer vendredi soir dans quelle mesure se ferait la différence entre des vols réquisitionnés par l'Etat -et donc supposés gratuits- et le retour en France à ce tarif. "Nous sommes une entreprise commerciale, les réquisitions, ça relève du ministère des Affaires étrangères", déclarait-on.
La Direction générale de l'aviation civile (DGAC) ne donnait pas plus de précisions sur les conditions de rapatriement. "Ca relève de l'organisation, ou de la désorganisation, des secours", confiait-on au service de presse, précisant que ceux-ci n'étaient pour le moment "pas structurés du tout".
Le ministère des Transports a, pour sa part, expliqué que le secrétaire d'Etat Dominique Bussereau avait demandé aux compagnies aériennes "de mettre en place des vols à tarifs préférentiels pour les familles souhaitant se rendre en Haïti depuis la métropole et les Antilles", une fois que l'aéroport de Port-au-Prince sera rouvert au public.
Vendredi matin, comme tous les survivants, Sophie Boutaud de la Combe, enceinte de sept mois et demi, porte-parole de la mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH), a reçu une épaisse couverture rouge à son entrée au pavillon d'honneur. Elle-même se trouvait dans le quartier général de l'ONU, lorsque celui-ci s'est effondré.
"Nous avions la chance d'être au rez-de-chaussée, en réunion, et les six étages supérieurs se sont effondrés sur nous mais nous avons été privilégiés. Des murs ont été ouverts qui ont permis à certains de mes collègues de sortir par là, dont moi", a-t-elle expliqué. D'autres sont passés "par des fenêtres, puisque les secours se sont très vite organisés pour mettre des échelles à disposition".
Sophie Boutaud de la Combe est revenue sur la soudaineté du tremblement de terre: "Nous avons réagi très rapidement parce que nous sommes entraînés à réagir à de tels événements. Donc nous nous sommes cachés sous les tables, jusqu'à la fin de la crise, et nous sommes sortis avec nos équipes. Nous pensons en ce moment à nos collègues, toujours prisonniers du bâtiment". Les recherches sont toujours en cours pour retrouver des rescapés.
Le mari de Sophie Boutaud de la Combe et sa petite fille de deux ans ont également survécu. Lui se trouvait dans un ministère en contrebas de Port-au-Prince, qui s'est écroulé, la fillette à la maison. La porte-parole de la MINUSTAH répète qu'ils ont tous eu beaucoup de chance: "L'organisation française a été parfaite. Maintenant, nous devons prendre le temps de digérer tout ça".
Dans le pavillon d'honneur, des proches et des médecins étaient là pour accueillir les premiers rapatriés sur la métropole vendredi matin. Au total, 148 personnes ont été rapatriés sur deux vols. AP
